Une photo, une histoire. Mon histoire.

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Bonjour à tous,

Aujourd’hui je vais vous raconter une histoire. Une partie de la mienne plus précisément. Elle illustre parfaitement l’importance de réaliser des photos, mais surtout de les faire vivre. Une photographie dans un ordinateur, c’est une chance sur deux de la perdre un jour, et c’est aussi une photo qui dort… Vos photos doivent se réveiller, vous faire vibrer, vous faire rire, sourire, pleurer. Elles sont les gardiennes  de tous vos souvenirs et des émotions qui vont avec.

Vos clichés sont des trésors. Conservez les comme tels.

Cette histoire, je souhaite la partager avec vous parce qu’elle est une des racines de l’implication que je possède dans mon travail de photographe. Elle est le souvenir, l’amour, le partage, la transmission, et tout ce qui va avec ce moment imprégné dans mon cœur. Elle est le : « finalement toute ma vie a été un ensemble de choses qui m’ont amenés vers la photographie de famille ».

Elle ne sera pas grand chose pour vous, mais pour moi (d’ailleurs je suis déjà en train de pleurer et je n’ai pas commencé)…

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Mes parents ont divorcés très tôt, de mémoire j’avais 9 ans. Un divorce plutôt pas terrible et ravageur, comme beaucoup me direz vous. Maman faisait sa crise d’adolescence à retardement et papa travaillait beaucoup la nuit, alors ma soeur et moi passions beaucoup de temps chez nos mamies. Nous avons eu la chance d’avoir nos arrières grands parents à nos cotés sur un bon bout de chemin.

Nous dormions souvent  chez mémé Bernadette. Qu’est ce qu’on l’aimait notre mémé. Chez elle, tout était amour. On apprenait à cuisiner, on mangeait des gâteaux, on s’amusait avec les chats, on se promenait, on se faisait dorloter. Elle était d’une génération ou on ne divorçait pas, alors pour elle, nous subissions un vrai cauchemar et elle nous gâtait en conséquence. Du coup on avait le droit de se moquer d’elle aussi. Tant que cela nous faisait rire, elle était heureuse. Elle enlevait son dentier pour nous faire peur, elle nous donnait toujours des bonbons Vichy périmés, ça nous faisait tellement rire avec ma sœur de faire semblant de les manger pour ne pas la vexer. On jouait avec sa peau tombante du menton, des bras… On était heureuse, et chez elle, nous avions notre age.

A cette époque, les téléphones n’existaient pas, ni les ordinateurs, ni rien d’ailleurs. Alors le soir, après le repas, on restait à table, et on discutait pendant des heures autour d’une verveine au miel. Qu’est ce que j’aimais ses petits moments de partage. Ils faisaient grandir en moi cet amour des souvenirs. Quand elle nous racontait une histoire, plus rien n’existait. Je vivais pendant quelques minutes dans ce souvenir et je voyageais à travers le temps. Elle était très attachée à sa mémoire et nous parlait souvent comme si elle était déjà dans les étoiles. Elle nous disait : « je vous aurais aimé toute ma vie ». C’était beau.

Sur son buffet, Mémé avait toujours des photos de nous. De ma sœur et moi, de nos cousines et cousin, de pépé, de ses enfants, de la communion de ses petits enfants, de tous les gens qu’elle avait dans son cœur. Du jour de ma naissance, au jour ou elle nous a quitté, je n’ai jamais vu les photos changer. Oh bien sur, elle en ajoutait quand une nouvelle âme venait agrandir la famille, mais elle gardait toujours ses mêmes clichés. C’est ainsi, que pendant presque 20 ans, à chaque fois que j’allais chez elle, je voyais cette magnifique photo de moi, haute comme trois pommes dans mon parc. Plus je grandissais, plus j’aimais cette photo. Pas pour cette image non, pour la valeur sentimentale qu’elle prenait. Et a chaque fois que je passais devant son buffet et que je jetais un œil sur cette photo, elle me disait : « c’était toi la, tu étais mignonne, et qu’est ce que tu te portais bien, tu étais sage comme une image ». Cette phrase était toujours accompagné d’une anecdote sur mon enfance, tantôt joyeuse, tantôt triste. C’était souvent les mêmes histoires qu’elle me comptait, mais j’adorais ça. « Un jour quand tu étais petite tu m’as cassé une tasse par terre, et tu me disais ne t’inquiète pas mémé c’est pas grave on pourra en acheter une autre à Mammouth, qu’est ce que tu étais rigolote ».

Avec les années, elle ajouta à cette phrase : « quand je partirais, elle sera à toi cette photo, tu la garderas ». J’allais toujours faire semblant de faire pipi quand elle disait ça pour verser ma petite larme dans les toilettes. Je voulais qu’elle soit éternelle ma mémé Bernadette. Je lui répondais toujours : « oui, on a le temps mémé ».

Et puis un malheureux 7 juillet, elle nous a quitté, nous laissant seuls avec tous ses souvenirs. Je ne sais pas comment, ma « tata de la montagne », (sa fille) à pensé à me donner ce cadre avec ce fameux cliché. Je la remercierais toute ma vie d’y avoir pensé. C’est aujourd’hui un des objets que j’aime le plus et que je sauverais en premier si mon foyer prenait feu.

De la même manière que mémé a pensé à moi à chaque fois qu’elle passait devant son buffet quand j’étais loin d’elle, ou quand elle était d’humeur nostalgique, je pense aujourd’hui à elle à chaque fois que je vois ce petit cadre en bois.  Nous serons connectées pour toujours. Ce n’est pas qu’une photo encadrée. C’est un objet inestimable, c’est un trésor d’amour. C’est LA mémoire de ma relation avec mon arrière grand mère, c’est mon enfance, c’est une vibration d’amour, c’est mon précieux héritage.

Ne laissez pas vos clichés dans vos ordinateurs, donnez leurs un sens.

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A bientôt.

Laetitia.

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Vos réactions

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Showing 2 comments
  • Sisou
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    Tu m’as émue et j’en ai versé une petite larmes…
    J’ai l’album photo de ma grand mère paternelle… j’ai découvert à sa mort qu’elle en avait un rien qu’avec des photos de moi. Je le garde précieusement cet album, avec une couverture avec des chatons dessus LOL
    J’y ai découvert des photos de moi que je n’avais jamais vu.

  • Emilie maman d'Hanaé :)
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    Tres bel article ! J’ai versé ma larme également très émouvant. Merci pour le rappel ca fait du bien ?

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